Géographie3e

Les espaces de faible densité et leurs atouts

Les espaces de faible densité et leurs atouts

Problématique : Qu'est-ce qu'un espace de faible densité ? Quels sont les atouts et les dynamiques de ces espaces ? Quelle est leur diversité ?

Introduction

Si la France est aujourd'hui un territoire à dominante urbaine, dominé par les grandes villes qui sont des espaces de forte densité de population, c'est aussi un territoire où subsistent d'importants espaces de faible densité. Ces espaces, bien que peu peuplés, occupent une part considérable du territoire et présentent des dynamiques variées.


I. Qu'est-ce qu'un espace de faible densité ?

A. Définition

Les espaces à faible densité sont ceux où la densité de population est inférieure à 30 habitants par km². Ils occupent 42 % du territoire métropolitain mais seulement 6,5 % de la population y habite. Ils appartiennent à l'espace rural.

B. Où se trouvent les espaces à faible densité ?

On les trouve principalement dans :

  • La « diagonale du vide » (ou diagonale des faibles densités) : espace qui traverse la France des Ardennes aux Pyrénées.
  • Les régions montagneuses : Massif central, Pyrénées, Jura, Alpes du Sud.
  • Les campagnes éloignées des aires urbaines.
  • Les espaces agricoles de grandes cultures peu peuplées (plateaux céréaliers).

C. Des espaces marginalisés

Les espaces à faible densité sont souvent des espaces marginalisés, c'est-à-dire à l'écart des métropoles et des aires urbaines. Ils peuvent cumuler plusieurs difficultés :

  • La déprise : recul important de l'activité économique et de la population.
  • La désertification : dans les espaces où la densité est inférieure à 10 hab./km², on observe la fermeture de commerces de proximité (café, boulangerie), de services publics (poste, école) et l'absence de médecins généralistes (« déserts médicaux »).
  • L'enclavement : isolement lié au manque d'infrastructures de transport, éloignement des axes de communication majeurs.
  • Les contraintes naturelles : relief montagneux, climat rigoureux, sols peu fertiles qui font obstacle à l'installation des hommes et des activités.

II. Etude de cas : le Cantal, un espace de faible densité

Département rural et montagneux du Massif central, le Cantal est un exemple représentatif des espaces de faible densité en France.

Problématique : Quelles sont les difficultés du Cantal et comment ce territoire tente-t-il de les surmonter ?

A. Un territoire confronté à de nombreuses difficultés

1. Un espace de faible densité enclavé

Le Cantal est un département situé dans le Massif central, en région Auvergne-Rhône-Alpes. Avec une densité de seulement 25 hab./km² (contre 119 hab./km² pour la France métropolitaine), il fait clairement partie des espaces de faible densité.

Le département est profondément enclavé. Son relief montagneux (les monts du Cantal culminent au Plomb du Cantal à 1 855 m) constitue une contrainte naturelle majeure qui rend les déplacements difficiles et ralentit les communications. Les axes routiers sont sinueux et les temps de trajet longs. Le Cantal est longtemps resté à l'écart des grandes infrastructures de transport, même si l'autoroute A75, à l'est du département, a amélioré la situation autour de Saint-Flour.

2. Le Cantal en chiffres

IndicateurCantalFrance métropolitaine
Densité25 hab./km²119 hab./km²
Habitants de moins de 15 ans14 %23 %
Habitants de plus de 60 ans36 %23 %
Part des résidences secondaires20,4 %9,4 %
Taux de natalité7,8 ‰11,2 ‰
Taux de mortalité14 ‰9,1 ‰

Ces chiffres révèlent un territoire touché par un vieillissement prononcé de la population : 36 % des habitants ont plus de 60 ans (contre 23 % en moyenne nationale) et seulement 14 % ont moins de 15 ans. Le taux de mortalité (14 ‰) dépasse largement le taux de natalité (7,8 ‰) : le solde naturel est donc déficitaire, ce qui signifie que le département perd des habitants par le seul jeu des naissances et des décès.

3. Un déclin démographique ancien

Depuis 1850, le Cantal connaît une baisse continue de sa population. Le département comptait environ 260 000 habitants au milieu du XIXe siècle ; il n'en compte plus que 142 811 en 2020. Ce déclin s'explique par l'exode rural (départ massif des habitants des campagnes vers les villes) et par le solde naturel déficitaire.

L'activité économique est dominée par une agriculture extensive (élevage bovin, notamment la race Salers), peu créatrice d'emplois. La faible présence industrielle et le manque d'emplois qualifiés poussent les jeunes (18-25 ans) à quitter le département pour poursuivre leurs études ou trouver du travail dans les métropoles.

4. La désertification des services

Le recul démographique entraîne des conséquences en chaîne : fermeture des services de proximité (écoles, commerces, bureaux de poste) et désertification médicale. Dans certaines communes comme Pierrefort, les médecins généralistes partant à la retraite ne trouvent pas de successeurs. Les pharmacies voient leur activité diminuer et leurs emplois menacés. L'accès aux soins devient un véritable enjeu pour les habitants.

Pour aller plus loin — La vallée de Cheylade : Située dans les monts du Cantal, cette vallée illustre la désertification rurale à son stade le plus avancé. Elle connaît depuis 50 ans une forte baisse de sa population et compte moins de 7 habitants par km². Le paysage est dominé par l'élevage extensif dans de vastes prairies d'altitude, ponctuées de fermes isolées et de hameaux en voie d'abandon.

B. Des atouts et des solutions pour surmonter les difficultés

Malgré ses difficultés, le Cantal dispose d'atouts et met en oeuvre des stratégies pour se redynamiser.

1. Désenclaver le territoire

L'ouverture de l'autoroute A75 (gratuite) à l'est du département a considérablement amélioré l'accessibilité de Saint-Flour et de ses environs. Cette infrastructure a permis de réduire les temps de trajet vers Clermont-Ferrand et Montpellier. Les communes proches de Saint-Flour sont d'ailleurs les seules du département à retrouver une croissance démographique, preuve de l'importance du désenclavement.

Le département mise également sur le développement du numérique (fibre optique, couverture 4G/5G) pour compenser l'éloignement géographique et permettre le télétravail. Réduire la fracture numérique est une priorité pour attirer de nouveaux habitants et des entreprises.

2. Attirer de nouveaux habitants : les néoruraux

Le Cantal cherche à attirer des néoruraux, c'est-à-dire des citadins qui font le choix de s'installer à la campagne. Certaines communautés de communes proposent des dispositifs d'accueil : logement « passerelle » (hébergement temporaire pendant un an), rémunération provisoire au SMIC le temps de trouver un emploi, aide à l'installation.

C'est le cas du Pays de Murat, qui a accueilli des familles venues de grandes villes comme Lille. Le télétravail facilite ces installations en permettant de travailler à distance pour une entreprise située en ville.

Depuis 1999, le solde migratoire du Cantal est redevenu positif : les personnes venant s'y installer sont plus nombreuses que celles qui en partent. Cependant, ce sont surtout des personnes proches de la retraite qui s'installent, tandis que les jeunes de 18 à 25 ans continuent de quitter le département.

3. Valoriser les atouts touristiques

Le Cantal dispose d'un patrimoine naturel et culturel remarquable qu'il cherche à valoriser par le tourisme vert :

  • Le Puy Mary, au coeur du plus grand strato-volcan d'Europe, est un site naturel d'exception qui attire de nombreux randonneurs.
  • Le village de Salers, d'origine médiévale, forme un important pôle touristique estival. Une « Maison de la Salers » a été inaugurée en 2011 pour valoriser l'élevage local de la célèbre race bovine.
  • La station de ski du Lioran attire les visiteurs en hiver et diversifie l'offre touristique.
  • Le viaduc de Garabit, ouvrage de Gustave Eiffel (1884), est devenu un pôle d'attraction patrimoniale majeur, éclairé la nuit comme une oeuvre d'art.

4. Bénéficier de l'aménagement du territoire

La quasi-totalité du département est classée en Zone de Revitalisation Rurale (ZRR). Ce classement permet aux entreprises qui s'y installent de bénéficier d'avantages fiscaux (exonérations d'impôts), ce qui constitue un levier pour attirer des activités économiques.

Pour aller plus loin — Le Cantal à deux vitesses : Les dynamiques de revitalisation ne profitent pas uniformément à l'ensemble du département. Les communes proches de l'A75 (autour de Saint-Flour) et l'agglomération d'Aurillac (la préfecture) retrouvent une certaine croissance, mais les territoires montagneux du nord-ouest restent à l'écart. On observe donc un Cantal « à deux vitesses », avec un clivage entre les espaces qui se reconnectent au reste du territoire et ceux qui s'enfoncent dans l'isolement.


III. Des espaces qui ont des atouts

A l'échelle nationale, si les espaces de faible densité rencontrent des difficultés importantes, certains disposent d'atouts qui peuvent les aider à les surmonter.

A. L'agriculture

L'agriculture reste une activité importante dans les espaces de faible densité. On distingue plusieurs types d'espaces agricoles :

  • Les grandes régions d'agriculture intensive où l'industrie agroalimentaire s'est développée, comme les sucreries en Picardie (région de production de betteraves à sucre).
  • Les espaces dynamisés par une agriculture spécialisée, comme les régions viticoles (Bordeaux, Bourgogne, Champagne) qui sont de véritables moteurs économiques locaux.
  • Les espaces d'élevage extensif, comme le Cantal, où l'agriculture, bien que peu productive, reste structurante pour le paysage et l'identité locale.

B. Le tourisme

Le développement du tourisme contribue à la redynamisation de certains espaces ruraux. Il crée de nouveaux emplois et permet d'en conserver d'autres, notamment dans les petits commerces. De nombreuses collectivités locales se sont lancées dans des politiques de « touristification » de leurs territoires.

Plusieurs types d'espaces touristiques ruraux peuvent être identifiés :

  • Des arrière-pays ruraux qui bénéficient de la proximité d'une région touristique voisine.
  • Des espaces dont l'attractivité repose sur un ou plusieurs sites naturels d'exception : gorges de l'Ardèche, gorges du Tarn, volcans d'Auvergne.
  • Des espaces qui valorisent leur patrimoine culturel : villages médiévaux, traditions locales, gastronomie.
  • Des espaces de tourisme sportif : sports d'hiver dans les Alpes du Nord, randonnée, cyclisme.

C. Le rôle de l'aménagement du territoire

L'aménagement du territoire vise à lutter contre la déprise et à réduire l'isolement des espaces ruraux. Les principaux acteurs sont l'Etat et les collectivités locales. Plusieurs outils ont été mis en place :

  • Les SAFER (1960) : pour moderniser les exploitations agricoles.
  • Les Zones de Revitalisation Rurale (ZRR) (1995) : avantages fiscaux pour lutter contre la perte de population et la baisse de l'activité.
  • Les Pôles d'Excellence Rurale (PER) (2005) : soutien aux initiatives innovantes susceptibles de créer des emplois en milieu rural.
  • Le désenclavement : construction d'autoroutes (comme l'A75), développement du numérique (politique de réduction de la fracture numérique).
  • La protection de l'environnement : création de Parcs nationaux et de Parcs naturels régionaux (PNR) qui visent à concilier protection de l'environnement et développement économique.

Pour aller plus loin — Les PNR, un outil original : La France compte 58 Parcs naturels régionaux qui couvrent 17 % du territoire national. Contrairement aux Parcs nationaux (où la réglementation est très stricte), les PNR sont des espaces habités où l'on cherche à concilier préservation des paysages et activités humaines (agriculture, tourisme, artisanat). Le PNR des Volcans d'Auvergne, le plus grand de France métropolitaine, englobe une partie du Cantal et contribue à la valorisation touristique du territoire.


IV. La diversité des espaces à faible densité

Les espaces à faible densité ne forment pas un ensemble homogène. On peut les classer en trois grandes catégories :

Type d'espaceCaractéristiquesExemples
1. Espaces à dominante agricoleL'agriculture reste l'activité dominante. Espaces productifs intégrés aux marchés nationaux et mondiaux.Beauce, Brie, Champagne (céréales), espaces viticoles
2. Espaces redynamisésEspaces ruraux en voie de diversification, notamment grâce au tourisme ou à l'arrivée de néoruraux. Reprise démographique possible.Alpes du Nord (sports d'hiver), arrière-pays méditerranéen, communes périurbaines éloignées
3. Espaces en difficulté« Rural profond » ou « hyper-ruralité ». Déprise marquée, vieillissement, désertification des services. Situés surtout dans la diagonale du vide.Cantal, Creuse, Lozère, Gers, hautes vallées pyrénéennes

Pour aller plus loin — Les « Gilets jaunes » et la France périphérique : Le mouvement des Gilets jaunes, né fin 2018, a mis en lumière les difficultés quotidiennes des habitants des espaces périurbains et ruraux : dépendance à l'automobile, éloignement des services publics, sentiment de « décrochage » par rapport aux métropoles. Ce mouvement a rappelé que les inégalités territoriales entre espaces dynamiques et espaces en difficulté constituent un enjeu politique et social majeur.


Bilan

Les espaces de faible densité occupent une part importante du territoire français (42 %) mais ne rassemblent que 6,5 % de la population. Ce sont des espaces ruraux, souvent marginalisés, qui peuvent cumuler déprise démographique, enclavement, désertification des services et contraintes naturelles.

L'étude du Cantal illustre ces difficultés de manière exemplaire : un département montagneux et enclavé, marqué par un déclin démographique séculaire, un vieillissement prononcé et la disparition progressive des services de proximité. Mais le Cantal montre aussi que ces territoires ne sont pas condamnés : le désenclavement (A75), le développement du numérique, l'accueil de néoruraux, la valorisation touristique (Puy Mary, Salers) et les politiques d'aménagement (ZRR) offrent des perspectives de revitalisation.

A l'échelle nationale, les espaces de faible densité disposent d'atouts variés : agriculture, tourisme vert, patrimoine naturel et culturel. L'aménagement du territoire (ZRR, PER, PNR, désenclavement numérique) vise à réduire les inégalités entre ces espaces et les métropoles. Cependant, la diversité de ces territoires est grande : entre les espaces agricoles productifs, les espaces redynamisés par le tourisme et les espaces d'hyper-ruralité en grande difficulté, les situations sont très contrastées.


Fiche de révision

Notions à connaître

NotionDéfinition
Agriculture extensiveAgriculture sur de grandes surfaces, avec peu de moyens techniques et de faibles rendements.
Agriculture intensiveAgriculture à hauts rendements grâce à une forte utilisation de moyens techniques.
Contrainte naturelleElément naturel qui fait obstacle à l'installation des hommes et des activités.
Densité de populationRapport entre la population et la superficie (hab./km²).
Déprise (rurale)Recul de l'activité économique et de la population dans un espace rural.
Désertification (rurale)Vidage démographique et disparition des services (densité < 10 hab./km²).
Diagonale du videEspace de faibles densités traversant la France des Ardennes aux Pyrénées.
EnclavementIsolement d'un territoire difficile d'accès.
Espace ruralEspace n'appartenant pas à la ville, à faible densité de population.
Exode ruralDépart massif et durable des habitants des campagnes vers les villes.
Fracture numériqueInégalité d'accès au numérique entre les territoires.
Hyper-ruralitéSituation extrême des espaces ruraux les plus isolés et en difficulté.
NéorurauxCitadins qui font le choix de s'installer à la campagne.
PNRParc Naturel Régional : concilie protection de l'environnement et développement.
Tourisme vertTourisme centré sur la nature, les paysages et le patrimoine rural.
TouristificationDéveloppement volontaire d'une offre touristique pour dynamiser un territoire.
ZRRZone de Revitalisation Rurale : avantages fiscaux pour les territoires en difficulté.

Repères à localiser

  • La « diagonale du vide » (des Ardennes aux Pyrénées).
  • Les principaux massifs montagneux : Massif central, Pyrénées, Jura, Alpes du Sud.
  • Le département du Cantal dans le Massif central.
  • Les grandes régions agricoles : Beauce, Brie, Champagne.

Ce que je dois savoir faire

  • Définir ce qu'est un espace de faible densité et ses principales caractéristiques.
  • Décrire les difficultés d'un espace de faible densité à partir de l'exemple du Cantal.
  • Expliquer les atouts et les dynamiques des espaces de faible densité (agriculture, tourisme, aménagement).
  • Distinguer les trois types d'espaces à faible densité.
  • Analyser des documents (cartes, graphiques, textes) sur un espace de faible densité.
  • Rédiger un développement construit sur les espaces de faible densité (30 lignes minimum au DNB).