Histoire3e

La Seconde Guerre mondiale : une guerre d'anéantissement

La Seconde Guerre mondiale : une guerre d'anéantissement

Problématique : En quoi la Seconde Guerre mondiale est-elle une guerre d'anéantissement ?

Introduction

La Seconde Guerre mondiale (1939-1945) est le conflit le plus meurtrier de l'histoire de l'humanité. Elle se distingue des guerres précédentes par son caractère total, idéologique et génocidaire. Cette guerre oppose deux camps aux visions du monde radicalement opposées : les puissances de l'Axe (Allemagne nazie, Italie fasciste, Japon impérial) et les Alliés (Royaume-Uni, URSS à partir de 1941, États-Unis à partir de 1941, France Libre).

Le concept de « guerre d'anéantissement » désigne un conflit dont l'objectif n'est plus simplement de vaincre l'adversaire militairement, mais de le détruire totalement, y compris ses populations civiles. Cette logique d'extermination trouve son expression la plus terrible dans le génocide des Juifs (Shoah) et des Tziganes (Porajmos).

I. Une guerre mondiale (1939-1945)

A. La marche à la guerre

Dès son arrivée au pouvoir en 1933, Adolf Hitler met en œuvre une politique expansionniste visant à créer un « espace vital » (Lebensraum) pour le peuple allemand. Les démocraties occidentales, traumatisées par la Première Guerre mondiale, pratiquent une politique d'apaisement qui encourage les ambitions nazies.

Les annexions allemandes (1936-1939) :

DateTerritoire annexéContexte
Mars 1936RhénanieRemilitarisation en violation du traité de Versailles
Mars 1938Autriche (Anschluss)Annexion de l'Autriche au Reich
Octobre 1938Sudètes (Tchécoslovaquie)Accords de Munich — politique d'apaisement
Mars 1939Bohême-MoravieFin de la Tchécoslovaquie

Le 1er septembre 1939, l'Allemagne envahit la Pologne. La France et le Royaume-Uni déclarent la guerre à l'Allemagne le 3 septembre : la Seconde Guerre mondiale commence.

💡 Anecdote historique — Les accords de Munich (septembre 1938) sont souvent considérés comme le symbole de l'échec de la politique d'apaisement. Le Premier ministre britannique Neville Chamberlain, de retour à Londres, déclara : « Je crois que c'est la paix pour notre temps. » Un an plus tard, l'Europe était en guerre.

B. Les deux camps en présence

Les puissances de l'AxeLes Alliés
Allemagne nazie (Hitler)Royaume-Uni (Churchill)
Italie fasciste (Mussolini)URSS (Staline) — à partir de juin 1941
Japon impérial (Hirohito)États-Unis (Roosevelt) — à partir de décembre 1941
France Libre (de Gaulle)

Le conflit s'étend progressivement à l'ensemble du globe : Europe, Afrique du Nord, Asie-Pacifique. C'est véritablement une guerre mondiale qui mobilise les ressources de continents entiers.

📚 Pour aller plus loin : le Pacte germano-soviétique — Le 23 août 1939, l'Allemagne nazie et l'URSS signent un pacte de non-agression qui stupéfie le monde. Ce pacte secret prévoit le partage de la Pologne entre les deux puissances. Staline espère gagner du temps pour renforcer l'Armée rouge ; Hitler veut éviter une guerre sur deux fronts. Ce pacte sera rompu le 22 juin 1941 lorsque l'Allemagne lancera l'opération Barbarossa, l'invasion de l'URSS.

II. Une guerre totale

Une guerre totale est un conflit qui mobilise l'ensemble des ressources d'un pays : humaines, économiques et scientifiques. La distinction entre le front et l'arrière s'efface ; toute la société est engagée dans l'effort de guerre.

A. La mobilisation humaine

1. Des nations en armes

PaysPersonnes mobilisées (millions)Part de la population totale
URSS34,517,4 % (25 % hors territoires occupés)
Allemagne17,218 %
États-Unis16,110 %
Chine14
Japon9,1
Total mondial120

2. La mobilisation des civils

Même les hommes non mobilisés dans l'armée régulière sont appelés à défendre leur pays :

  • Home Guard britannique (mai 1940) : 1,7 million d'hommes de 17 à 65 ans mobilisés pour protéger la Grande-Bretagne d'une invasion. Surnommée « Dad's Army » (l'Armée de Papa).
  • Volkssturm allemande (septembre 1944) : milice populaire mobilisant tous les hommes de 16 à 60 ans pour défendre le Reich en désespoir de cause.

3. La mobilisation des femmes

Pour libérer les hommes qui partent au combat, les femmes jouent un rôle essentiel :

PaysFemmes dans l'arméeRôle particulier
Armée rouge (URSS)850 000Participation aux combats (2 000 snipeuses)
Armée britannique450 000Auxiliary Territorial Service
Armée américaine400 000Principalement rôles de soutien
Wehrmacht (Allemagne)500 000Auxiliaires

À l'arrière, les femmes remplacent les hommes dans les usines et les champs. Aux États-Unis, 5,2 millions de femmes entrent sur le marché du travail pendant la guerre.

💡 Anecdote historique — Liudmila Pavlitchenko, snipeuse soviétique, est créditée de 309 éliminations confirmées, ce qui en fait l'une des tireuses d'élite les plus efficaces de l'histoire. En 1942, elle effectue une tournée aux États-Unis pour promouvoir l'effort de guerre allié et rencontre le président Roosevelt et Eleanor Roosevelt.

4. La mobilisation des colonies

Les empires coloniaux fournissent des millions de soldats :

  • Empire britannique : 2,5 millions de soldats indiens, 500 000 des colonies africaines, 1,5 million des dominions (Canada, Australie, Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud).
  • Empire français : 250 000 soldats nord-africains à partir de 1943.

B. La mobilisation économique

1. Des dépenses militaires colossales

PaysPart du PIB consacrée à la guerreAnnée
Japon70 %dès 1937
Allemagne70 %1943
URSS60 %1943
Royaume-Uni55 %1943
États-Unis45 %1945

Ces dépenses gigantesques sont financées par l'emprunt, la création monétaire et l'augmentation des impôts. Quand 70 % de la richesse nationale est consacrée à la guerre, il ne reste presque rien pour la nourriture, le logement, les écoles ou les loisirs de la population.

2. Les États-Unis, « arsenal des démocraties »

Le président Roosevelt fait des États-Unis le principal fournisseur de matériel militaire des Alliés grâce au système du Lend-Lease (prêt-bail) :

  • Aide totale : plus de 51 milliards de dollars
  • 30 milliards pour le Royaume-Uni
  • 10 milliards pour l'URSS
  • 3 milliards pour la France Libre

📚 Pour aller plus loin : la production de guerre américaine — La puissance industrielle américaine est stupéfiante : entre 1942 et 1945, les États-Unis produisent 300 000 avions, 86 000 chars, 6 500 navires de guerre. En 1944, un cargo Liberty Ship sort des chantiers navals toutes les 42 minutes ! Cette capacité de production a joué un rôle décisif dans la victoire alliée.

C. La mobilisation scientifique

La guerre accélère considérablement les innovations technologiques. De nouvelles armes révolutionnaires apparaissent :

InnovationPaysCaractéristiques
Messerschmitt Me 262AllemagnePremier avion de chasse à réaction de l'histoire
V1AllemagnePremier missile de croisière (bombe volante)
V2AllemagnePremier missile balistique (près de 3 000 tirés)
Bombe atomiqueÉtats-UnisProjet Manhattan — première explosion nucléaire (Trinity, 16 juillet 1945)

Les Allemands appellent leurs innovations « Wunderwaffen » (armes miracles), espérant qu'elles leur permettront de renverser le cours de la guerre. Mais elles arrivent trop tard et en quantité insuffisante.

La science est aussi détournée pour commettre des atrocités : l'Unité 731 japonaise en Mandchourie développe des armes bactériologiques en pratiquant des expériences criminelles sur des êtres humains, causant plus de 300 000 morts.

💡 Anecdote historique — Le V2, ancêtre de toutes les fusées spatiales modernes, a été développé par Wernher von Braun. Après la guerre, ce dernier fut recruté par les États-Unis et devint le père du programme spatial américain, concevant notamment la fusée Saturn V qui envoya les premiers hommes sur la Lune en 1969.

III. Une guerre idéologique

Une guerre idéologique est un conflit où les adversaires ne se battent pas seulement pour des territoires, mais pour imposer leur vision du monde : leurs valeurs, leur système politique, leurs croyances.

A. Deux visions du monde irréconciliables

Les Alliés (démocraties)L'Axe (régimes totalitaires)
Valeurs défenduesÉgalité des hommes, liberté, toléranceInégalité des « races », domination, soumission
Vision de l'humanitéTous les hommes sont égaux aux yeux de DieuHiérarchie raciale (Aryens « supérieurs »)
Objectif de la guerreDéfense des droits, vaincre la tyrannieConquête de l'« espace vital », anéantissement

Le discours de Roosevelt (6 janvier 1942) :

« Nous combattons pour débarrasser le monde du mal. [...] Nous combattons pour défendre la doctrine que tous les hommes sont égaux aux yeux de Dieu. [...] Seule la victoire totale peut récompenser les champions de la tolérance, de la liberté et de la foi. »

Le discours de Hitler (22 août 1939) :

« L'objectif de la guerre ne sera pas d'atteindre une ligne donnée, mais d'anéantir physiquement l'adversaire. [...] J'ai disposé mes unités à tête de mort ; elles ont reçu l'ordre de mettre à mort sans merci beaucoup d'hommes, de femmes et d'enfants d'ascendance polonaise. C'est la seule manière de conquérir l'espace vital dont nous aurons besoin. »

B. L'idéologie nazie

L'idéologie nazie repose sur trois piliers fondamentaux :

  • Le racisme : croyance en une hiérarchie des « races ». Les « Aryens » (Allemands) seraient supérieurs aux autres peuples.
  • L'antisémitisme : haine des Juifs, accusés de tous les maux de l'Allemagne et du monde. Göring déclare : « Cette guerre est la grande guerre raciale. »
  • L'espace vital (Lebensraum) : volonté de conquérir des territoires à l'Est (Pologne, URSS) pour y installer des colons allemands après avoir chassé ou exterminé les populations locales.

C. La propagande : déshumaniser l'ennemi

Chaque camp utilise la propagande pour mobiliser sa population et justifier la guerre. Une technique particulièrement efficace est la déshumanisation de l'ennemi : le présenter comme un monstre, un animal, une menace existentielle.

Les affiches de propagande utilisent des caricatures, des couleurs menaçantes, des symboles angoissants pour transformer l'adversaire en créature non-humaine. Cette déshumanisation rend psychologiquement plus facile le meurtre de masse : on ne tue plus des hommes, mais des « sous-hommes », des « parasites ».

📚 Pour aller plus loin : la « banalité du mal » — La philosophe Hannah Arendt, qui a couvert le procès d'Adolf Eichmann en 1961, a forgé le concept de « banalité du mal » pour décrire comment des hommes ordinaires peuvent commettre des crimes extraordinaires. Eichmann n'était pas un monstre assoiffé de sang, mais un bureaucrate méticuleux qui organisait les déportations comme on gère une entreprise de transport. C'est précisément cette normalité qui rend le phénomène si effrayant.

Référence : Hannah Arendt, Eichmann à Jérusalem (1963)

IV. Une guerre contre les civils

Pour la première fois dans l'histoire, les civils constituent la majorité des victimes d'un conflit mondial. La distinction entre combattants et non-combattants, fondement du droit de la guerre, est systématiquement violée.

A. Survivre au quotidien

1. Le rationnement

L'économie de guerre impose des restrictions sévères à la population civile. En France, le rationnement entre en vigueur dès l'automne 1940. Une carte d'alimentation permet de se procurer des aliments en quantité limitée. Les rations varient selon les catégories : E (enfants), J (adolescents), A (adultes), T (travailleurs de force), V (personnes âgées).

En 1944, la ration moyenne d'un Français est de 1 200 kcal par jour, alors qu'un adulte a besoin d'environ 2 000 kcal. La population souffre de malnutrition.

2. Les ersatz et le marché noir

Face aux pénuries, la population développe des produits de substitution (ersatz) : le gazogène remplace le pétrole pour faire fonctionner les voitures, la chicorée remplace le café, la saccharine le sucre. Ceux qui ont de l'argent se tournent vers le marché noir, où les produits se vendent à des prix exorbitants.

B. Les bombardements stratégiques

Les belligérants mènent des campagnes de bombardements massifs pour détruire les infrastructures ennemies (usines, voies ferrées, ports) et terroriser les populations civiles.

1. Les bombardements alliés sur l'Allemagne

2,7 millions de tonnes de bombes sont larguées sur l'Europe par les Alliés, principalement sur les villes allemandes. Des villes entières sont rasées : Dresde, Hambourg, Cologne... Les bombardements incendiaires créent de véritables tempêtes de feu qui aspirent l'oxygène et calcinent tout sur leur passage.

2. Les bombardements sur le Japon

Les bombardements stratégiques américains sur le Japon font entre 300 000 et 900 000 morts. Les raids incendiaires au napalm sur Tokyo (mars 1945) tuent 100 000 civils en une seule nuit. Les maisons japonaises, construites en bois et papier, brûlent instantanément.

3. Les bombes atomiques

HiroshimaNagasaki
Date6 août 19459 août 1945
Heure8h1511h02
Type de bombe« Little Boy » (uranium)« Fat Man » (plutonium)
Morts immédiats≈ 80 000≈ 40 000
Population250 000 habitants240 000 habitants

Les bombes atomiques inaugurent l'ère nucléaire. Leurs effets sont dévastateurs : onde de choc, chaleur extrême (plusieurs milliers de degrés), radiations. Les survivants (hibakusha) souffriront pendant des décennies des séquelles des radiations.

💡 Anecdote historique — Tsutomu Yamaguchi est le seul homme officiellement reconnu comme survivant des deux bombardements atomiques. Présent à Hiroshima pour son travail le 6 août 1945, gravement brûlé, il rentre chez lui... à Nagasaki, où il subit le second bombardement trois jours plus tard. Il survivra jusqu'en 2010, à l'âge de 93 ans.

C. Les massacres de civils

Au-delà des bombardements, les civils sont victimes de massacres délibérés qui constituent des crimes de guerre.

LieuDateResponsablesVictimesBilan
Nankin (Chine)Déc. 1937 – Fév. 1938Armée japonaiseCivils chinoisDizaines de milliers de morts, 20 000-80 000 viols
Oradour-sur-Glane (France)10 juin 1944SS Das ReichHabitants du village643 morts
Villages soviétiques1941-1944Armée allemandeCivils, partisans5 000 villages rasés

Le massacre de Nankin est particulièrement atroce : pendant six semaines, les soldats japonais se livrent à des tueries, des viols et des pillages systématiques dans la capitale chinoise. Un journal japonais rapporte même un « concours de décapitations » entre deux officiers.

En URSS, la lutte contre les partisans (résistants soviétiques) sert de prétexte à des représailles massives contre les populations civiles. Des villages entiers sont rasés, leurs habitants massacrés.

📚 Pour aller plus loin : le concept de crime de guerre — Un crime de guerre est une violation grave des lois et coutumes de la guerre : meurtre de civils, torture de prisonniers, destruction injustifiée de biens civils. Ces règles, codifiées dans les Conventions de Genève, visent à limiter les souffrances inutiles. La Seconde Guerre mondiale a montré la nécessité de renforcer le droit international humanitaire. Les Conventions de Genève de 1949 ont été adoptées en réponse aux atrocités commises pendant le conflit.

V. La Solution finale : le génocide des Juifs et des Tziganes

Le génocide est l'extermination volontaire, systématique et planifiée d'un groupe humain en raison de son origine ethnique, religieuse ou nationale. Le génocide des Juifs d'Europe (Shoah) et des Tziganes (Porajmos) constitue le crime le plus terrible de la Seconde Guerre mondiale.

A. L'enfermement dans les ghettos (1939-1944)

Un ghetto est un quartier fermé où les Juifs sont contraints de vivre, isolés du reste de la population. À partir de 1939, les nazis créent des centaines de ghettos dans les territoires occupés, principalement en Pologne.

Conditions de vie dans les ghettos :

  • Surpopulation extrême : le ghetto de Varsovie entasse 400 000 personnes dans un espace minuscule.
  • Famine organisée : les rations alimentaires sont insuffisantes pour survivre.
  • Travail forcé : les habitants sont exploités dans des ateliers au profit de l'effort de guerre allemand.
  • Maladies : le typhus et d'autres épidémies déciment la population affaiblie.

En avril-mai 1943, les Juifs du ghetto de Varsovie se soulèvent contre les nazis. Cette insurrection héroïque est écrasée dans le sang, mais elle reste un symbole de résistance.

B. La Shoah par balles (1941-1943)

En juin 1941, l'Allemagne envahit l'URSS (opération Barbarossa). Des unités mobiles de tuerie, les Einsatzgruppen, suivent l'armée et massacrent systématiquement les Juifs, les Tziganes et les commissaires politiques soviétiques.

Mode opératoire des Einsatzgruppen : les victimes sont rassemblées, conduites vers des fosses creusées à l'avance, forcées à se déshabiller, puis abattues d'une balle dans la nuque. Les corps s'entassent par couches successives. Hommes, femmes, enfants, vieillards : personne n'est épargné.

Le massacre de Babi Yar (29-30 septembre 1941) : dans un ravin près de Kiev (Ukraine), près de 34 000 Juifs sont assassinés en deux jours. C'est l'un des plus grands massacres de la Shoah par balles. Les victimes avaient été convoquées avec leurs bagages, croyant être « réinstallées ».

Témoignage d'un tueur :

Walter Mattner, policier viennois, écrit à sa femme le 5 octobre 1941 : « Aux premiers véhicules, mes mains ont quelque peu tremblé au moment de tirer, mais on s'y habitue. [...] Les nourrissons volaient en grands arcs de cercle et nous les éclations en vol. [...] Je me réjouis vraiment. »

Ce document glaçant illustre ce qu'on appelle parfois la « banalité du mal » : des hommes ordinaires qui commettent des crimes atroces, sans remords, et en parlent à leur famille comme d'un travail normal.

Bilan de la Shoah par balles : environ 1,5 million de victimes en URSS et dans les pays baltes.

C. L'extermination industrielle (1942-1945)

1. La conférence de Wannsee (20 janvier 1942)

Dans une villa près de Berlin, des hauts responsables nazis se réunissent pour organiser la « Solution finale de la question juive ». Présidée par Reinhard Heydrich, chef du RSHA (Office central de sécurité du Reich), cette conférence coordonne la déportation et l'extermination de tous les Juifs d'Europe.

Les responsables de la Solution finale :

FonctionNomRôle dans le génocide
Chef de la SS et de la policeHeinrich HimmlerDécide et supervise l'ensemble du génocide
Chef du RSHAReinhard HeydrichOrganise la conférence de Wannsee, coordonne l'extermination
Responsable logistiqueAdolf EichmannOrganise les transports ferroviaires vers les camps

2. Les centres de mise à mort

Six camps d'extermination sont construits en Pologne occupée. Ce ne sont pas des camps de concentration (où l'on meurt d'épuisement au travail) mais des centres de mise à mort (où l'on est assassiné dès l'arrivée).

CampLocalisationPériode d'activitéVictimes estimées
Auschwitz-BirkenauPologne (Oświęcim)1942-19451,1 million (dont 1 million de Juifs)
TreblinkaPologne1942-1943800 000 – 900 000
BelzecPologne1942430 000 – 500 000
SobiborPologne1942-1943170 000 – 250 000
ChelmnoPologne1941-1945150 000 – 300 000
MajdanekPologne (Lublin)1942-194460 000 – 80 000

3. Le processus d'extermination à Auschwitz-Birkenau

Les victimes arrivent entassées dans des wagons à bestiaux, après des jours de voyage sans eau ni nourriture. Sur la « Rampe », les SS procèdent à une sélection :

  • Les « inaptes » (enfants, vieillards, malades, femmes avec enfants) sont immédiatement conduits vers les chambres à gaz.
  • Les « aptes au travail » sont tatoués d'un numéro et envoyés au camp de concentration pour y mourir d'épuisement.

Les victimes destinées aux chambres à gaz sont forcées à se déshabiller, puis entassées dans des pièces hermétiques. Du Zyklon B (un insecticide à base de cyanure) est déversé par des ouvertures dans le plafond. La mort survient en 15 à 20 minutes. Les corps sont ensuite brûlés dans des fours crématoires.

💡 Anecdote historique — Le Zyklon B était à l'origine un insecticide développé dans les années 1920. Le fait que les nazis utilisent un produit conçu pour tuer des parasites révèle leur vision déshumanisante : pour eux, les Juifs n'étaient pas des êtres humains mais de la « vermine » à éliminer.

4. L'Aktion 1005 : effacer les traces

À partir de 1942, conscients que la guerre peut tourner en leur défaveur, les nazis tentent d'effacer les preuves de leurs crimes. Le Kommando 1005, dirigé par Paul Blobel, est chargé d'exhumer les corps des fosses communes et de les incinérer. Cette opération macabre prouve que les responsables savaient qu'ils commettaient des crimes.

D. Bilan du génocide

PopulationVictimes estiméesPourcentage exterminé
Juifs d'Europe6 millions (sur 9 millions)Environ 67 %
Tziganes (Porajmos)250 000 à 500 00025-50 %

La Shoah a anéanti un tiers du peuple juif mondial. Des communautés millénaires ont été totalement détruites. En Pologne, où vivaient 3,3 millions de Juifs avant la guerre, 90 % ont été assassinés.

📚 Pour aller plus loin : les Justes parmi les Nations — Malgré les risques terribles, des milliers de non-Juifs ont aidé des Juifs à survivre. Le mémorial de Yad Vashem (Israël) honore ces « Justes parmi les Nations ». Plus de 28 000 personnes ont reçu ce titre, dont près de 4 200 Français. Parmi les plus célèbres : Oskar Schindler (Allemagne), Raoul Wallenberg (Suède), ou le couple Trocmé au Chambon-sur-Lignon (France) qui a organisé le sauvetage de milliers de Juifs. Le village du Chambon-sur-Lignon et ses environs ont caché environ 3 500 Juifs, dont de nombreux enfants. C'est l'un des plus grands exemples de résistance civile en France.

VI. Le procès de Nuremberg et le bilan de la guerre

A. Le procès de Nuremberg (20 novembre 1945 – 1er octobre 1946)

Pour la première fois dans l'histoire, les vainqueurs décident de juger les vaincus devant un tribunal international. Le Tribunal Militaire International siège à Nuremberg, ville symbolique des grands rassemblements nazis.

Les trois chefs d'accusation :

Chef d'accusationDéfinition
Crimes contre la PaixPlanification et déclenchement d'une guerre d'agression
Crimes de guerreViolations des lois et coutumes de la guerre (massacres de civils, torture de prisonniers)
Crimes contre l'HumanitéExtermination, réduction en esclavage, déportation pour des motifs politiques, raciaux ou religieux

Le verdict :

  • 12 condamnations à mort (dont Göring, qui se suicide avant l'exécution)
  • 7 peines de prison (de 10 ans à la perpétuité)
  • 3 acquittements

L'importance historique du procès de Nuremberg est considérable : il établit le principe que les individus sont responsables de leurs actes, même s'ils obéissent à des ordres. Il crée la notion juridique de « crime contre l'humanité », qui sera reprise dans le droit international.

B. Le bilan humain de la guerre

CatégorieChiffres
Bilan total60 à 80 millions de morts
Dont civils40 à 50 millions (majorité des victimes)
URSS25 à 27 millions de morts (pays le plus touché)
Chine15 à 20 millions de morts
Pologne6 millions de morts (17 % de la population)
Allemagne7 à 9 millions de morts
Japon2,5 à 3 millions de morts
France600 000 morts

La Seconde Guerre mondiale est la guerre la plus meurtrière de l'histoire. Pour la première fois, les civils représentent la majorité des victimes. Les destructions matérielles sont immenses : villes rasées, infrastructures détruites, économies ruinées.

📚 Pour aller plus loin : les conséquences de la guerre — La Seconde Guerre mondiale redessine la carte du monde. L'Europe, ruinée, perd sa domination mondiale au profit des deux « superpuissances » : États-Unis et URSS. La guerre froide commence. L'Organisation des Nations Unies (ONU) est créée en 1945 pour maintenir la paix. La Déclaration universelle des droits de l'homme (1948) affirme la dignité de tous les êtres humains. Le processus de décolonisation s'accélère : les peuples colonisés, qui ont combattu pour la liberté de leurs métropoles, réclament leur propre liberté.

Repères chronologiques

DateÉvénement
1937-1938Massacre de Nankin (Chine)
1er septembre 1939Invasion de la Pologne — Début de la Seconde Guerre mondiale
Mai 1940Offensive allemande à l'Ouest — Défaite française
22 juin 1941Invasion de l'URSS (opération Barbarossa) — Début de la Shoah par balles
29-30 sept. 1941Massacre de Babi Yar (34 000 Juifs assassinés en 2 jours)
7 décembre 1941Attaque de Pearl Harbor — Entrée en guerre des États-Unis
20 janvier 1942Conférence de Wannsee — Organisation de la « Solution finale »
Avril-mai 1943Insurrection du ghetto de Varsovie
6 juin 1944Débarquement en Normandie
10 juin 1944Massacre d'Oradour-sur-Glane
8 mai 1945Capitulation de l'Allemagne — Fin de la guerre en Europe
6 août 1945Bombe atomique sur Hiroshima
9 août 1945Bombe atomique sur Nagasaki
2 septembre 1945Capitulation du Japon — Fin de la Seconde Guerre mondiale
Nov. 1945 – Oct. 1946Procès de Nuremberg

Pour aller plus loin

Bibliographie

Ouvrages accessibles au collège :

  • GRYNBERG Anne, La Shoah : l'impossible oubli, Gallimard, coll. « Découvertes », 1995.
  • BRUTTMANN Tal, Auschwitz, La Découverte, coll. « Repères », 2015.
  • WIEVIORKA Annette, Auschwitz expliqué à ma fille, Seuil, 1999.

Témoignages :

  • LEVI Primo, Si c'est un homme, 1947 (témoignage d'un survivant d'Auschwitz).
  • FRANK Anne, Journal, 1947 (journal d'une adolescente juive cachée à Amsterdam).
  • WIESEL Elie, La Nuit, 1958 (témoignage d'un survivant d'Auschwitz et Buchenwald).

Pour approfondir :

  • HILBERG Raul, La Destruction des Juifs d'Europe, 1961 (ouvrage de référence).
  • KERSHAW Ian, Hitler, Flammarion, 2008 (biographie de référence).
  • BROWNING Christopher, Des hommes ordinaires, 1992 (sur les bourreaux de la Shoah par balles).

Sitographie

  • Mémorial de la Shoah (Paris) : www.memorialdelashoah.org — ressources pédagogiques, témoignages vidéo
  • Yad Vashem (Israël) : www.yadvashem.org — base de données des victimes, histoire de la Shoah
  • United States Holocaust Memorial Museum : www.ushmm.org — ressources en français disponibles
  • Centre d'histoire de la Résistance et de la Déportation (Lyon) : www.chrd.lyon.fr
  • INA — Jalons pour l'histoire du temps présent : fresques.ina.fr/jalons — archives vidéo commentées

Filmographie

Documentaires :

  • Shoah de Claude Lanzmann (1985) — 9h de témoignages, film de référence absolue
  • Nuit et Brouillard d'Alain Resnais (1956) — 32 min, premier documentaire sur les camps (à partir de 14 ans)
  • Apocalypse : la Seconde Guerre mondiale (2009) — série documentaire en 6 épisodes, images d'archives colorisées
  • Les Derniers de Nathanaël Coste (2017) — témoignages des derniers survivants de la Shoah en France

Films de fiction :

  • La Liste de Schindler de Steven Spielberg (1993) — histoire d'Oskar Schindler (à partir de 14 ans)
  • Le Pianiste de Roman Polanski (2002) — survie d'un pianiste juif dans le ghetto de Varsovie
  • Le Fils de Saul de László Nemes (2015) — dans les Sonderkommandos d'Auschwitz (à partir de 16 ans)
  • La Rafle de Roselyne Bosch (2010) — la rafle du Vél d'Hiv (à partir de 12 ans)
  • Au revoir les enfants de Louis Malle (1987) — enfants juifs cachés dans un collège catholique

Bandes dessinées :

  • Maus d'Art Spiegelman (1980-1991) — récit du père de l'auteur, survivant d'Auschwitz (Prix Pulitzer 1992)
  • L'Enfant cachée de Loïc Dauvillier et Marc Lizano (2012) — témoignage d'une enfant juive cachée