Histoire3e

L'URSS de Staline : un régime totalitaire (1924-1953)

L'URSS de Staline — Un régime totalitaire (1924-1953)

Introduction — Qu'est-ce que l'URSS ?

L'URSS (Union des Républiques Socialistes Soviétiques) est un État qui a existé de 1922 à 1991. C'était le plus grand pays du monde, s'étendant de l'Europe de l'Est jusqu'à l'océan Pacifique, sur plus de 22 millions de km² (soit 40 fois la France).

L'URSS est née sur les ruines de l'Empire russe, renversé par la Révolution d'Octobre 1917. Ce nouvel État se veut le premier pays communiste de l'histoire : son objectif est de construire une société sans classes sociales, où les moyens de production (usines, terres) appartiennent à l'État et non à des propriétaires privés.

Mais sous la direction de Joseph Staline (1924-1953), l'URSS devient un régime totalitaire, c'est-à-dire un régime qui cherche à contrôler tous les aspects de la vie des citoyens. Ce cours va t'expliquer comment ce régime s'est mis en place et comment il a fonctionné.

Le savais-tu ? Le mot « soviétique » vient du russe « soviet » qui signifie « conseil ». Les soviets étaient des assemblées d'ouvriers et de soldats qui se sont formées pendant la révolution de 1917. Le drapeau de l'URSS représentait une faucille (pour les paysans) et un marteau (pour les ouvriers) sur fond rouge.

Chapitre 1 — La Révolution d'Octobre 1917 et la naissance de l'URSS

1. L'Empire russe en crise

Au début du XXe siècle, l'Empire russe est dirigé par un tsar (empereur) qui détient un pouvoir absolu : Nicolas II. La Russie est un immense pays, mais très en retard par rapport aux autres puissances européennes :

  • L'économie est essentiellement agricole et peu industrialisée
  • La majorité de la population (85 %) est composée de paysans pauvres
  • Les conditions de vie des ouvriers dans les usines sont très difficiles
  • Il n'existe aucune liberté politique : pas de Parlement élu, pas de liberté de la presse

En 1914, la Russie entre dans la Première Guerre mondiale aux côtés de la France et du Royaume-Uni. Mais l'armée russe subit défaite sur défaite face à l'Allemagne. Les soldats, mal équipés et mal nourris, meurent par centaines de milliers. À l'arrière, la population souffre de la faim et du froid. Le mécontentement grandit.

Chiffres clés — En 1917, la Russie compte environ 170 millions d'habitants. L'armée russe a perdu près de 2 millions de soldats depuis 1914. À Petrograd (Saint-Pétersbourg), les files d'attente devant les boulangeries peuvent durer plusieurs heures.

2. La Révolution d'Octobre 1917

En février 1917, une première révolution éclate : des manifestations à Petrograd forcent le tsar Nicolas II à abdiquer. Un gouvernement provisoire est mis en place, mais il décide de continuer la guerre, ce qui le rend impopulaire.

C'est alors qu'intervient Lénine, chef du parti bolchevik. Les bolcheviks sont des révolutionnaires qui veulent appliquer les idées de Karl Marx : supprimer la propriété privée, donner le pouvoir aux ouvriers et aux paysans, et construire une société communiste.

📅 25 octobre 1917 (7 novembre dans notre calendrier) : les bolcheviks s'emparent du pouvoir à Petrograd. C'est la Révolution d'Octobre.

Dans la nuit du 25 au 26 octobre, des soldats et des ouvriers armés, dirigés par les bolcheviks, prennent d'assaut le Palais d'Hiver, siège du gouvernement provisoire. Lénine proclame le nouveau pouvoir des soviets (conseils d'ouvriers et de soldats). Il annonce immédiatement deux mesures populaires : la paix avec l'Allemagne et le partage des terres aux paysans.

Portrait : Lénine (Vladimir Ilitch Oulianov, 1870-1924) — Né dans une famille aisée, Lénine devient révolutionnaire après l'exécution de son frère aîné, accusé de complot contre le tsar. Il passe de longues années en exil en Europe, où il développe ses théories révolutionnaires. En 1917, il rentre en Russie et prend la tête de la révolution. Il dirige le pays jusqu'à sa mort en 1924. Son corps embaumé est toujours exposé dans un mausolée sur la Place Rouge à Moscou.

Le savais-tu ? Pourquoi dit-on « Révolution d'Octobre » alors qu'elle a eu lieu en novembre ? À l'époque, la Russie utilisait encore le calendrier julien, en retard de 13 jours sur notre calendrier grégorien. Le 25 octobre du calendrier russe correspond donc au 7 novembre de notre calendrier.

3. La guerre civile et la naissance de l'URSS

La prise du pouvoir par les bolcheviks ne se fait pas sans résistance. Une terrible guerre civile oppose de 1918 à 1921 :

  • Les « Rouges » : l'Armée rouge des bolcheviks, créée par Trotski
  • Les « Blancs » : les partisans du tsar, les libéraux, et tous les opposants aux bolcheviks, soutenus par des puissances étrangères (France, Royaume-Uni, États-Unis)

Cette guerre civile fait entre 7 et 12 millions de morts (combats, famines, épidémies). Les bolcheviks l'emportent finalement et établissent un régime à parti unique : seul le Parti communiste est autorisé. Toute opposition est réprimée.

📅 30 décembre 1922 : création officielle de l'URSS (Union des Républiques Socialistes Soviétiques).

Pour aller plus loin : la Tchéka, ancêtre du NKVD — Dès décembre 1917, Lénine crée la Tchéka, une police politique chargée de traquer les « ennemis de la révolution ». Dirigée par Félix Dzerjinski, elle procède à des arrestations massives, des exécutions sommaires et ouvre les premiers camps de travail. C'est le début de la « Terreur rouge ». La Tchéka deviendra plus tard le GPU, puis le NKVD sous Staline.

Chapitre 2 — Staline au pouvoir : le culte de la personnalité

1. L'arrivée au pouvoir de Staline

En janvier 1924, Lénine meurt. Une lutte pour le pouvoir s'engage entre les dirigeants du Parti communiste. Staline, qui occupe le poste de Secrétaire général du Parti depuis 1922, sait utiliser cette position stratégique pour placer ses alliés aux postes clés et éliminer ses rivaux.

Son principal rival est Trotski, héros de la guerre civile et créateur de l'Armée rouge. Mais Staline parvient à le faire exclure du Parti, puis à l'exiler. Trotski sera finalement assassiné au Mexique en 1940, sur ordre de Staline. À partir de 1929, Staline est le maître absolu de l'URSS.

Portrait : Joseph Staline (Iossif Vissarionovitch Djougachvili, 1878-1953) — Né en Géorgie (sud du Caucase) dans une famille modeste, Staline (« l'homme d'acier » en russe) devient révolutionnaire dans sa jeunesse. Il est arrêté plusieurs fois et déporté en Sibérie. Après la révolution, il gravit les échelons du Parti grâce à son habileté politique et sa capacité à éliminer ses adversaires. Il dirige l'URSS d'une main de fer de 1924 à sa mort en 1953. Son règne est marqué par une industrialisation forcée, la collectivisation des terres, et une terreur de masse qui fait des millions de victimes.

Le savais-tu ? Staline n'était pas russe mais géorgien. Son vrai nom était Djougachvili. « Staline » est un pseudonyme qu'il s'est choisi lui-même : il vient du mot russe « stal » qui signifie « acier ». Il voulait donner l'image d'un homme dur et inflexible.

2. Le culte de la personnalité

Sous Staline, un véritable culte de la personnalité se met en place. Staline est présenté comme :

  • Le « Petit Père des peuples » : un père bienveillant qui protège son peuple
  • Le « Guide génial » : un homme d'une intelligence exceptionnelle
  • Le « Meilleur ami des enfants » : une figure paternelle pour toute la jeunesse
  • L'héritier de Lénine : le continuateur légitime de la révolution

Le culte de Staline est omniprésent dans la vie quotidienne des Soviétiques :

  • Des portraits et statues géants de Staline sont installés partout : dans les usines, les écoles, les places publiques, les appartements
  • Des villes sont renommées en son honneur : Stalingrad, Stalinabad, Stalino…
  • Des poèmes, des chansons, des films célèbrent sa gloire
  • Les manuels scolaires enseignent aux enfants à vénérer Staline
  • Lors des défilés, son portrait est porté en tête des processions

Le savais-tu ? Les photographies officielles étaient souvent retouchées pour embellir Staline ou pour faire disparaître les personnes tombées en disgrâce. Quand un dirigeant était arrêté ou exécuté, il était effacé des photos où il apparaissait aux côtés de Staline. C'est ce qu'on appelle la « falsification de l'histoire ».

3. La propagande

La propagande soviétique vise plusieurs objectifs :

  • Glorifier le régime et ses réalisations : les affiches montrent des usines modernes, des récoltes abondantes, des travailleurs souriants
  • Mobiliser la population : « En avant vers le communisme ! », « Dépassons les objectifs du Plan ! »
  • Désigner les ennemis : les « koulaks », les « saboteurs », les « espions » sont accusés de tous les maux
  • Contrôler la pensée : une seule vérité est autorisée, celle du Parti

La censure est totale : tous les journaux, les livres, les films sont contrôlés par l'État. Les œuvres des artistes et écrivains critiques sont interdites. Ceux qui s'écartent de la « ligne du Parti » risquent l'arrestation.

Pour aller plus loin : le réalisme socialiste — À partir de 1934, un style artistique officiel est imposé : le « réalisme socialiste ». Les artistes doivent représenter la réalité « telle qu'elle devrait être » selon l'idéologie communiste : des ouvriers musclés et joyeux, des paysans fiers de leurs récoltes, Staline en guide bienveillant. L'art abstrait ou « bourgeois » est interdit. Les artistes qui refusent de se conformer sont persécutés.

4. L'embrigadement de la jeunesse

Le régime accorde une importance particulière à l'éducation des jeunes. L'objectif est de former des citoyens soviétiques loyaux, entièrement dévoués au Parti et à Staline.

Des organisations de jeunesse encadrent les enfants et adolescents dès leur plus jeune âge :

OrganisationÂgeCaractéristiques
Octobristes7-9 ansPremiers pas dans l'idéologie communiste
Pionniers9-14 ansFoulard rouge, serment de fidélité à Staline et au Parti
Komsomols14-28 ansJeunesses communistes, antichambre du Parti

Dans ces organisations, les jeunes apprennent l'idéologie communiste, participent à des activités collectives (camps, défilés, travaux « volontaires ») et sont encouragés à surveiller leur entourage. On leur enseigne que leur premier devoir est envers l'État, avant même leur propre famille.

Le savais-tu ? Pavlik Morozov est un jeune Pionnier présenté par la propagande comme un héros national. En 1932, à 13 ans, il aurait dénoncé son propre père aux autorités pour avoir aidé des koulaks. Son père fut déporté au Goulag. Pavlik fut ensuite assassiné, probablement par des membres de sa famille. Le régime en fit un martyr et un modèle pour tous les enfants soviétiques : la loyauté envers le Parti doit passer avant les liens familiaux.

Chapitre 3 — L'économie sous contrôle de l'État

1. La collectivisation des terres (1929)

En 1929, Staline lance la collectivisation des terres agricoles. Cette politique vise à transformer radicalement l'agriculture soviétique en supprimant la propriété privée des terres.

Deux types de fermes collectives sont créés :

  • Les kolkhozes : fermes collectives où les paysans travaillent ensemble. Ils peuvent garder un petit lopin de terre individuel et quelques animaux.
  • Les sovkhozes : fermes d'État où les paysans sont des salariés, comme des ouvriers agricoles. Tout appartient à l'État.

Les objectifs de la collectivisation sont :

  • Augmenter la production agricole pour nourrir les villes et les ouvriers
  • Exporter des céréales pour financer l'industrialisation
  • Contrôler les campagnes et éliminer la classe des paysans propriétaires

2. La dékoulakisation : l'élimination des « koulaks »

De nombreux paysans résistent à la collectivisation. Ils refusent de donner leurs terres, leur bétail et leurs outils. Beaucoup préfèrent abattre leurs animaux plutôt que de les remettre à l'État.

Le régime désigne alors un « ennemi de classe » : le koulak.

En janvier 1930, Staline ordonne la « liquidation des koulaks en tant que classe ». C'est la dékoulakisation :

  • Des millions de paysans sont arrêtés, dépossédés de tous leurs biens
  • Les plus « dangereux » sont exécutés ou envoyés au Goulag
  • Des familles entières sont déportées vers des régions inhospitalières (Sibérie, Kazakhstan, Grand Nord)
  • Leurs maisons, leurs terres et leur bétail sont confisqués et donnés aux kolkhozes

Chiffres clés — Entre 1930 et 1933, environ 1,8 million de « koulaks » sont déportés. On estime que 530 000 à 600 000 personnes meurent pendant les déportations ou dans les premières années d'exil, de faim, de froid ou de maladie.

3. L'Holodomor : la grande famine de 1932-1933

La collectivisation provoque une catastrophe humanitaire. En désorganisant l'agriculture et en confisquant les récoltes pour les exporter, le régime provoque une famine terrible, particulièrement en Ukraine.

Les causes de la famine :

  • L'État réquisitionne les récoltes pour les exporter, même quand les paysans n'ont plus de quoi manger
  • La désorganisation de l'agriculture par la collectivisation forcée
  • L'abattage du bétail par les paysans qui refusent de le donner
  • L'interdiction pour les paysans ukrainiens de quitter leur région pour chercher de la nourriture

Le régime nie l'existence de la famine et interdit toute aide internationale. Les témoignages de journalistes étrangers sont censurés.

Chiffres clés — L'Holodomor fait entre 5 et 7 millions de morts en Ukraine, au Kazakhstan et dans d'autres régions de l'URSS. En Ukraine, certains villages perdent jusqu'à 80 % de leur population. Pendant ce temps, l'URSS continue d'exporter 1,8 million de tonnes de céréales en 1933.

Pour aller plus loin : l'Holodomor, un génocide ? — Le débat reste ouvert parmi les historiens. Certains considèrent l'Holodomor comme un génocide, car la famine a été délibérément provoquée et aggravée par des mesures ciblant spécifiquement l'Ukraine (interdiction de quitter la région, réquisitions plus sévères). D'autres historiens estiment qu'il s'agit d'un crime de masse, mais pas d'un génocide au sens strict. Aujourd'hui, une vingtaine de pays, dont la France depuis 2023, reconnaissent officiellement l'Holodomor comme un génocide.

4. Les plans quinquennaux et l'industrialisation forcée

Parallèlement à la collectivisation, Staline lance une industrialisation accélérée de l'URSS. L'objectif est de transformer en quelques années un pays essentiellement agricole en une grande puissance industrielle.

Caractéristiques des plans quinquennaux :

  • Priorité absolue à l'industrie lourde : acier, charbon, électricité, machines
  • Construction de gigantesques usines, barrages hydroélectriques, villes nouvelles
  • Objectifs très ambitieux, souvent irréalistes, que les travailleurs sont sommés de dépasser
  • Les biens de consommation (vêtements, nourriture, logement) sont sacrifiés au profit de l'industrie

Les résultats sont spectaculaires sur le plan industriel : la production d'acier et d'électricité est multipliée par 4 ou 5 en dix ans. Mais les conditions de travail sont terribles et le niveau de vie de la population reste très bas.

Le savais-tu ? Alexeï Stakhanov est un mineur de charbon qui, en 1935, aurait extrait 102 tonnes de charbon en 6 heures, soit 14 fois la norme. Il devient un héros national et donne son nom au « stakhanovisme » : le culte du travailleur qui dépasse tous les objectifs. En réalité, son exploit était largement truqué : il avait été aidé par toute une équipe. Mais la propagande en fit un modèle pour tous les ouvriers soviétiques.

Chapitre 4 — La terreur stalinienne

1. Le NKVD : la police politique

Pour maintenir son pouvoir absolu, Staline s'appuie sur une redoutable police politique : le NKVD (Commissariat du peuple aux Affaires intérieures).

Les méthodes du NKVD :

  • Les arrestations nocturnes : les agents viennent chercher leurs victimes en pleine nuit, pour terroriser et éviter les témoins
  • Les interrogatoires : torture physique et psychologique pour obtenir des aveux, même de crimes imaginaires
  • La délation encouragée : les citoyens sont incités à dénoncer leurs voisins, collègues, et même leurs proches
  • Les quotas d'arrestations : chaque région reçoit un nombre minimum de personnes à arrêter

N'importe qui peut être arrêté : un mot de travers, une plaisanterie sur Staline, une dénonciation anonyme (parfois motivée par la jalousie ou la vengeance) suffisent. Les accusés sont qualifiés d'« ennemis du peuple » et n'ont aucune chance lors de leur procès.

Pour aller plus loin : le fonctionnement de la délation — Le régime encourage systématiquement la dénonciation. À l'école, les enfants sont invités à signaler les propos « anti-soviétiques » de leurs parents. Dans les usines, des « collègues » surveillent les conversations. Dans les immeubles, des « responsables d'immeuble » rapportent les comportements suspects. Même sans preuves, une dénonciation peut suffire à déclencher une arrestation. Cette atmosphère de méfiance généralisée détruit les liens sociaux et isole les individus.

2. Le Goulag : l'univers concentrationnaire soviétique

Les conditions de vie dans les camps sont terribles :

  • Travail épuisant : 12 à 16 heures par jour dans les mines, les forêts, les chantiers, par tous les temps
  • Conditions climatiques extrêmes : températures pouvant descendre à -50 °C en Sibérie, avec des vêtements insuffisants
  • Nourriture insuffisante : rations alimentaires réduites au minimum, provoquant des carences et la faim
  • Violence : brutalité des gardiens, loi du plus fort entre prisonniers
  • Maladies : épidémies de typhus, de scorbut, de tuberculose, sans soins médicaux appropriés

Le Goulag n'est pas seulement un système punitif : c'est aussi un système économique. Les prisonniers constituent une main-d'œuvre gratuite pour les grands chantiers du régime : extraction minière, construction de canaux, de voies ferrées, exploitation forestière…

Chiffres clés — On estime qu'environ 18 à 20 millions de personnes sont passées par le Goulag entre 1930 et 1953. Le taux de mortalité variait selon les camps et les périodes, mais il pouvait atteindre 20 à 25 % par an dans les pires conditions. Au total, 1,5 à 1,8 million de personnes seraient mortes dans les camps.

Le savais-tu ? Parmi les prisonniers célèbres du Goulag, on trouve l'écrivain Alexandre Soljenitsyne, qui y a passé 8 ans pour avoir critiqué Staline dans une lettre privée. Son livre L'Archipel du Goulag, publié en 1973, a révélé au monde l'ampleur du système concentrationnaire soviétique. Il a reçu le prix Nobel de littérature en 1970.

3. La Grande Terreur (1937-1938)

La répression atteint son paroxysme pendant les années 1937-1938, période appelée la « Grande Terreur » ou les « Grandes Purges ».

Qui est visé par la Grande Terreur ?

  • Les anciens compagnons de Lénine : Staline élimine tous ceux qui pourraient contester son pouvoir
  • Les cadres du Parti : secrétaires régionaux, responsables d'usines, de kolkhozes
  • L'armée : 3 maréchaux sur 5 et la moitié des officiers supérieurs sont exécutés
  • Les intellectuels, artistes, scientifiques : écrivains, poètes, physiciens, biologistes…
  • Des citoyens ordinaires : ouvriers, paysans, employés, dénoncés souvent sur la base de simples rumeurs

Les procès de Moscou (1936-1938) sont particulièrement spectaculaires : d'anciens dirigeants bolcheviks, compagnons de Lénine, sont accusés de trahison, d'espionnage et de sabotage. Sous la torture, ils avouent des crimes qu'ils n'ont pas commis et sont condamnés à mort. Ces procès sont filmés et diffusés pour terroriser la population.

Chiffres clés — Pendant la Grande Terreur (1937-1938), environ 1,5 million de personnes sont arrêtées. Parmi elles, 680 000 à 750 000 sont exécutées (soit près de 1 000 exécutions par jour). Les autres sont envoyées au Goulag. En 1938, le Goulag compte plus de 1,8 million de détenus.

Pour aller plus loin : l'opération 00447 — En juillet 1937, Staline signe l'ordre n° 00447 qui fixe des quotas d'arrestations et d'exécutions pour chaque région de l'URSS. Les responsables locaux, craignant d'être accusés de « manque de vigilance », dépassent souvent ces quotas. Certains demandent même l'autorisation d'en arrêter davantage. Cette logique bureaucratique de la terreur aboutit à des arrestations totalement arbitraires : il faut « remplir les quotas », peu importe la culpabilité réelle des victimes.

4. Une société sous surveillance permanente

Au-delà des vagues d'arrestations, c'est toute la société soviétique qui vit dans la peur. La terreur n'est pas seulement une politique répressive : elle devient un mode de gouvernement.

Les conséquences sur la vie quotidienne :

  • L'autocensure : chacun surveille ses propres paroles, même en famille, de peur d'être dénoncé
  • La méfiance généralisée : on ne peut faire confiance à personne, ni à ses amis, ni à ses collègues
  • L'isolement : quand quelqu'un est arrêté, ses proches s'éloignent de lui pour ne pas être suspects à leur tour
  • L'adhésion forcée : participer aux défilés, applaudir Staline, dénoncer les « ennemis » devient une question de survie

Paradoxalement, cette terreur s'accompagne d'un discours officiel proclamant le bonheur du peuple soviétique. Les citoyens doivent afficher leur enthousiasme pour le régime, même quand ils vivent dans la peur. Cette contradiction entre le discours officiel et la réalité vécue est l'une des caractéristiques du totalitarisme.

Chapitre 5 — Qu'est-ce qu'un État totalitaire ?

1. Définition du totalitarisme

Le régime stalinien est un exemple d'État totalitaire. Le totalitarisme se distingue des autres formes de dictatures par son ambition de contrôler non seulement la vie politique, mais aussi la vie économique, sociale, culturelle et même la pensée des individus. L'État veut façonner un « homme nouveau » entièrement dévoué au régime.

2. Les trois piliers du totalitarisme

L'État totalitaire repose sur trois piliers fondamentaux :

Pilier 1 : un chef tout-puissant et un parti unique

  • Un chef charismatique concentre tous les pouvoirs : Staline en URSS, Hitler en Allemagne, Mussolini en Italie
  • Un seul parti politique est autorisé : le Parti communiste en URSS, le Parti nazi en Allemagne
  • Toute opposition est interdite : pas d'élections libres, pas de liberté d'expression, pas de pluralisme

Pilier 2 : la propagande et le culte de la personnalité

  • Le chef est glorifié comme un être exceptionnel, infaillible, presque divin
  • Tous les moyens de communication sont contrôlés par l'État et diffusent l'idéologie officielle
  • La jeunesse est embrigadée dès l'enfance dans des organisations du régime

Pilier 3 : la terreur

  • Une police politique toute-puissante surveille la population : NKVD en URSS, Gestapo en Allemagne
  • Un système de camps de concentration pour les opposants : Goulag en URSS, camps nazis en Allemagne
  • La délation est encouragée, créant un climat de peur et de méfiance généralisée

3. Un contrôle total de la société

Dans un État totalitaire, aucun aspect de la vie n'échappe au contrôle de l'État :

DomaineForme de contrôle en URSS stalinienne
ÉconomieCollectivisation des terres, plans quinquennaux, propriété d'État
Vie politiqueParti unique, élections sans choix, interdiction de toute opposition
InformationCensure totale, presse contrôlée, propagande omniprésente
CultureRéalisme socialiste imposé, artistes persécutés, livres interdits
ÉducationProgrammes scolaires idéologiques, embrigadement de la jeunesse
ReligionAthéisme officiel, églises fermées ou détruites, clergé persécuté
Vie privéeSurveillance des conversations, délation, logements communautaires

4. Bilan du régime stalinien

Le régime stalinien laisse un bilan contrasté, mais terrible sur le plan humain.

Ce que la propagande soviétique mettait en avant :

  • Industrialisation rapide : l'URSS devient une grande puissance industrielle
  • Alphabétisation de la population
  • Victoire dans la Seconde Guerre mondiale (1941-1945)

La réalité du régime :

  • Millions de morts : famines provoquées, exécutions, morts au Goulag
  • Destruction des libertés individuelles et collectives
  • Climat de terreur permanent pendant près de 30 ans
  • Niveau de vie très bas pour la majorité de la population

Chiffres clés — Bilan humain estimé du régime stalinien (1924-1953) : 680 000 à 800 000 exécutions officielles — 1,5 à 1,8 million de morts au Goulag — 5 à 7 millions de morts lors de l'Holodomor — 1,8 million de déportés lors de la dékoulakisation. Au total, on estime que le régime stalinien est responsable de 6 à 9 millions de morts (certains historiens avancent des chiffres plus élevés).

Chronologie essentielle

DateÉvénement
1917Révolution d'Octobre : les bolcheviks de Lénine prennent le pouvoir
1918-1921Guerre civile entre « Rouges » (bolcheviks) et « Blancs » (opposants)
1922Création officielle de l'URSS
1924Mort de Lénine — Staline prend progressivement le pouvoir
1929Début de la collectivisation des terres et du 1er plan quinquennal
1930Dékoulakisation : déportation massive des « koulaks »
1932-1933Holodomor : grande famine en Ukraine (5-7 millions de morts)
1936-1938Procès de Moscou : condamnation d'anciens dirigeants bolcheviks
1937-1938Grande Terreur : vague d'arrestations et d'exécutions massives
1941-1945Grande Guerre patriotique (Seconde Guerre mondiale côté soviétique)
1953Mort de Staline

Personnages clés

PersonnageDatesRôle
Lénine1870-1924Chef des bolcheviks, dirigeant de la Révolution d'Octobre, premier dirigeant de l'URSS
Staline1878-1953Dirigeant de l'URSS de 1924 à 1953, instaure le régime totalitaire
Trotski1879-1940Créateur de l'Armée rouge, rival de Staline, exilé puis assassiné sur son ordre

Conclusion

L'URSS de Staline représente l'un des régimes totalitaires les plus meurtriers de l'histoire. Sous couvert de construire une société idéale, le régime a mis en place un système de contrôle et de répression qui a causé la mort de millions de personnes.

Les trois piliers du totalitarisme stalinien — le parti unique avec un chef tout-puissant, la propagande et le culte de la personnalité, la terreur — ont permis à Staline de maintenir son pouvoir pendant près de 30 ans, en éliminant toute opposition et en contrôlant tous les aspects de la vie des Soviétiques.

Ce chapitre de l'histoire nous rappelle à quel point les libertés démocratiques sont précieuses et fragiles. Il nous montre aussi comment la propagande peut manipuler les esprits et comment la peur peut paralyser une société entière. Comprendre le fonctionnement du totalitarisme est essentiel pour préserver nos libertés aujourd'hui.

« Ceux qui ne connaissent pas leur histoire s'exposent à ce qu'elle recommence. » — Elie Wiesel, rescapé des camps nazis, prix Nobel de la Paix 1986

Pour les curieux : quelques ressources

Livres accessibles :

  • La Ferme des animaux de George Orwell — Une fable sur le totalitarisme soviétique
  • Une journée d'Ivan Denissovitch de Soljenitsyne — La vie au Goulag

Films et documentaires :

  • La Mort de Staline (2017) — Comédie noire sur les derniers jours du dictateur
  • L'Ombre de Staline (2019) — Sur l'Holodomor vu par un journaliste britannique

Pour approfondir autrement :

  • BD : Staline de Dugomier et Porcel — Une biographie illustrée
  • Podcast : Affaires sensibles de France Inter — Épisodes sur Staline et le Goulag