Les crises de la monarchie française
Problématique : Pourquoi la monarchie française est-elle en crise à la veille de 1789 ?
À la fin du XVIIIe siècle, la France est le pays le plus peuplé d’Europe (28 millions d’habitants). Mais le royaume traverse une crise profonde qui touche tous les domaines : l’économie, la société et la politique.
En 1789, le roi Louis XVI est contraint de convoquer les États généraux pour tenter de résoudre ces difficultés. C’est le début d’un processus révolutionnaire, inspiré en partie par l’exemple américain.
I. La Révolution américaine : un modèle pour la France
A. Les colons américains se révoltent contre l’Angleterre
Au milieu du XVIIIe siècle, l’Angleterre possède treize colonies sur la côte est de l’Amérique du Nord. En 1765, le roi d’Angleterre George III impose de nouvelles taxes aux colons. Ceux-ci refusent car ils n’ont pas de représentants au Parlement de Londres : « No taxation without representation » (« Pas d’impôt sans représentation »).
En 1773, des colons jettent à la mer une cargaison de thé anglais dans le port de Boston (Boston Tea Party). C’est le début de la révolte. En 1775, la guerre éclate entre les insurgents (révoltés) et l’armée britannique.
B. La Déclaration d’indépendance (4 juillet 1776)
Le 4 juillet 1776, les représentants des treize colonies adoptent la Déclaration d’indépendance, rédigée par Thomas Jefferson. Ce texte proclame des principes révolutionnaires, inspirés des philosophes des Lumières : tous les hommes sont créés égaux, ils possèdent des droits inaliénables (la vie, la liberté et la recherche du bonheur), et les gouvernements tirent leur pouvoir du consentement des gouvernés. Le peuple a le droit de changer un gouvernement qui ne respecte pas ces droits.
Ces idées viennent des philosophes des Lumières, notamment John Locke (philosophe anglais) qui avait défini les « droits naturels » de l’homme.
C. La Constitution américaine et la séparation des pouvoirs (1787)
Après leur victoire, les Américains adoptent une Constitution en 1787. Elle organise le pouvoir selon le principe de la séparation des pouvoirs, théorisé par Montesquieu : le pouvoir législatif (faire les lois) est confié au Congrès, le pouvoir exécutif (appliquer les lois) au Président élu pour quatre ans, et le pouvoir judiciaire (juger) à la Cour suprême. Cette séparation empêche qu’une seule personne détienne tous les pouvoirs : c’est le contraire de la monarchie absolue.
D. La France aide les insurgents américains
En 1777, le marquis de La Fayette, un jeune noble français de 19 ans, part en Amérique pour combattre aux côtés des insurgents. Il devient l’ami de George Washington, le chef des armées américaines.
En 1778, le roi Louis XVI décide d’aider officiellement les Américains contre l’Angleterre (son ennemi traditionnel). La France envoie des troupes, des navires et beaucoup d’argent. En 1783, l’Angleterre reconnaît l’indépendance des États-Unis.
Le savais-tu ?
Cette guerre a coûté plus de 2 milliards de livres à la France (équivalent à environ 50 milliards d’euros actuels). La France a aidé les Américains à devenir libres… mais s’est ruinée ! Cette dette énorme est l’une des causes directes de la Révolution française.
E. Les limites de la Révolution américaine
Malgré les principes d’égalité proclamés, la Révolution américaine a des limites importantes : l’esclavage est maintenu (il ne sera aboli qu’en 1865), les femmes et les Amérindiens sont exclus de la citoyenneté. La Révolution française connaîtra des limites similaires.
II. Les difficultés du royaume de France
A. Une société inégalitaire : la société d’ordres
Sous l’Ancien Régime, la société française est divisée en trois ordres. Le Clergé (environ 1 % de la population) et la Noblesse (environ 1 %) bénéficient de privilèges : ils ne paient pas d’impôts, perçoivent des droits seigneuriaux et la dîme. Le Tiers État (environ 98 % de la population : paysans, artisans, bourgeois) supporte presque seul le poids des impôts, tandis que les ordres privilégiés en sont exemptés.
B. La misère du peuple et les révoltes
En 1788-1789, une série de mauvaises récoltes provoque une flambée du prix du blé. Le prix du pain double en un an. Or, le pain représente 80 % de l’alimentation des Français les plus pauvres.
Cette situation déclenche des émeutes de subsistance dans tout le royaume. En avril 1789, l’affaire Réveillon à Paris fait plusieurs centaines de morts lorsque l’armée tire sur des ouvriers révoltés. Le nombre de révoltes passe de 228 entre 1700 et 1704 à 869 entre 1785 et 1789, soit presque quatre fois plus.
C. La crise financière : un État ruiné
En 1788, le budget de l’État français est en déficit : les dépenses (622 millions de livres) dépassent les recettes (504 millions), soit un déficit de 118 millions de livres. La cause principale de cette dette est la guerre d’indépendance américaine qui a coûté plus de 2 milliards de livres.
Le roi tente de faire payer de nouveaux impôts aux privilégiés (Noblesse et Clergé), mais ceux-ci refusent et bloquent ses réformes. Le roi est dans l’impasse.
D. La crise politique : l’autorité royale contestée
En 1788, les Parlements (cours de justice) s’opposent aux réformes fiscales du roi et réclament la convocation des États généraux. Le 7 juin 1788, la Journée des Tuiles à Grenoble marque un affrontement violent entre le peuple et l’armée royale.
Face à ces crises multiples, Louis XVI convoque les États généraux en janvier 1789, pour la première fois depuis 1614 (175 ans !).
III. Les Français prennent la parole
A. La rédaction des cahiers de doléances
Pour préparer les États généraux, le roi demande à chaque communauté (village, ville, corporation) de rédiger un cahier de doléances. C’est un document où les habitants écrivent leurs plaintes et leurs demandes.
C’est un moment historique : pour la première fois, le roi demande au peuple de s’exprimer. Des milliers de cahiers sont rédigés dans tout le royaume.
B. Les principales revendications du Tiers État
Les revendications du Tiers État se répartissent en trois domaines.
Sur le plan fiscal, ils réclament la suppression des impôts injustes (aides, gabelles, tailles) et l’égalité devant l’impôt : les privilégiés doivent payer aussi.
Sur le plan judiciaire, ils demandent la suppression des justices seigneuriales et une justice égale pour tous : « que le pauvre puisse obtenir justice contre le riche ».
Sur le plan politique, ils exigent le vote par tête (et non par ordre) et le consentement à l’impôt (pas d’impôt sans l’accord des États généraux).
Avec le vote par ordre, chaque ordre (Clergé, Noblesse, Tiers État) dispose d’une seule voix. Le Clergé et la Noblesse votant souvent ensemble, le Tiers État perd toujours (2 voix contre 1). Avec le vote par tête, chaque député a une voix : le Tiers État, qui a plus de députés, peut enfin l’emporter.
C. L’influence des Lumières et de la Révolution américaine
Les revendications des cahiers de doléances sont inspirées des idées des Lumières et de la Révolution américaine : l’égalité entre les hommes (devant l’impôt, devant la justice), la liberté individuelle comme droit naturel inaliénable, la souveraineté du peuple (le pouvoir vient du peuple, pas du roi seul), et le consentement à l’impôt (« No taxation without representation »).
La Fayette et les soldats français revenus d’Amérique ont rapporté ces idées nouvelles en France.
D. Les limites de cette prise de parole
Bien qu’elles représentent la moitié de la population, les femmes sont exclues : elles ne peuvent ni voter, ni être représentées aux États généraux. Certaines rédigent des doléances pour réclamer des droits, mais elles ne sont pas entendues.
Conclusion
La Révolution américaine (1776-1783) a montré qu’il était possible de mettre en pratique les idées des Lumières : égalité, liberté, souveraineté du peuple. Mais l’aide française aux insurgents a ruiné le royaume.
En 1789, la monarchie française est fragilisée par trois crises : une crise sociale (inégalités de la société d’ordres, misère du peuple), une crise financière (dette énorme) et une crise politique (contestation de l’autorité royale).
Les Français, à travers les cahiers de doléances, expriment leur volonté de changement, inspirée par l’exemple américain et les Lumières. Ces idées vont se concrétiser lors des États généraux de mai 1789.
Les États généraux s’ouvrent le 5 mai 1789 à Versailles. C’est le début de la Révolution française.
Fiches méthode liées