Le tourisme et ses espaces
Problématique : Comment le tourisme transforme-t-il les territoires et comment les espaces touristiques s'adaptent-ils aux nouveaux défis (environnement, surfréquentation) ?
En 2024, on estime que près de 1,5 milliard de personnes ont voyagé à l'étranger. Le tourisme est ainsi la migration temporaire la plus importante au monde. Si le secteur a été brutalement freiné par la pandémie de Covid-19 en 2020, il a retrouvé son niveau d'avant-crise et poursuit sa croissance.
I. De l'étude de cas à la généralisation
L'étude du Costa Rica nous a montré que le tourisme peut être analysé à travers les trois piliers du développement durable.
Sur le plan économique, le tourisme est la première source de revenus du pays (4,75 milliards de dollars, 8 % du PIB) et permet le développement des infrastructures. Mais il crée une dépendance économique et une vulnérabilité aux crises.
Sur le plan social, il génère des emplois mieux rémunérés et améliore le niveau de vie. Mais ces emplois sont parfois précaires et saisonniers.
Sur le plan environnemental, 25 à 26 % du territoire costaricien est protégé et des quotas de visiteurs sont mis en place. Mais la bétonisation, les eaux usées et le greenwashing restent des problèmes réels.
Ce pays illustre une tendance mondiale : la recherche d'un équilibre entre développement touristique et durabilité reste un défi permanent.
II. Les flux touristiques mondiaux : une mobilité en croissance
A. Une explosion des mobilités
Le nombre de touristes internationaux a été multiplié par 50 depuis 1950 (environ 1,5 milliard aujourd'hui). Cette explosion s'explique par trois facteurs.
La baisse des coûts de transport : le développement de l'aviation commerciale et l'apparition des compagnies low cost (Ryanair, EasyJet) rendent le voyage accessible à de nouvelles catégories de population.
L'élévation du niveau de vie : l'apparition d'une classe moyenne mondiale, notamment dans les pays émergents (Chine, Inde, Brésil), permet l'accès aux loisirs et aux voyages. Les congés payés se généralisent.
La révolution numérique : Internet facilite la comparaison des offres, la réservation (Booking, Airbnb) et l'organisation autonome des voyages. Les réseaux sociaux (Instagram, TikTok) contribuent à populariser certaines destinations.
B. Des flux inégaux et polarisés
Le tourisme reste une pratique inégalitaire : seule une minorité de la population mondiale voyage à l'international. Les flux se concentrent entre trois grands pôles qui sont à la fois émetteurs (qui envoient des touristes) et récepteurs (qui accueillent).
L'Europe est la première région touristique mondiale. La France est la première destination mondiale en nombre d'arrivées, suivie de l'Espagne et de l'Italie.
L'Asie-Pacifique est une zone en très forte croissance, portée par l'essor de la classe moyenne chinoise. La Thaïlande, le Japon et la Chine attirent de plus en plus.
L'Amérique du Nord (États-Unis, Mexique et Caraïbes) constitue un bassin touristique majeur.
Les inégalités Nord-Sud sont marquées : les pays du Sud sont souvent des destinations (récepteurs) mais rarement des émetteurs. Leurs habitants n'ont généralement pas les moyens de voyager à l'international. Le tourisme peut ainsi reproduire des rapports de domination économique.
Le tourisme domestique (voyager dans son propre pays) reste majoritaire à l'échelle mondiale.
III. La diversité des espaces touristiques aménagés
Les territoires doivent être aménagés pour accueillir les visiteurs : transports, hébergements, activités, signalétique. On distingue plusieurs types d'espaces spécialisés.
A. Les littoraux : le tourisme balnéaire
C'est la forme de tourisme dominante, liée à l'héliotropisme (attrait pour le soleil et la mer). Les littoraux sont transformés par la construction de stations balnéaires, de marinas et de fronts de mer souvent bétonnés. On peut citer la Grande-Motte (France), Cancún (Mexique), Dubaï (Émirats arabes unis) ou Tamarindo (Costa Rica).
Certains espaces deviennent des enclaves touristiques : des complexes fermés (resorts) où les touristes restent entre eux, coupés de la population locale.
B. Les villes : le tourisme culturel et urbain
Les métropoles mondiales attirent pour leur patrimoine (musées, monuments historiques), leurs événements culturels, le shopping et le tourisme d'affaires (congrès, salons). Paris, Londres, New York, Barcelone ou Dubaï figurent parmi les destinations les plus fréquentées.
Ce tourisme peut entraîner une « muséification » des centres-villes : les quartiers historiques deviennent des décors pour touristes, les commerces de proximité disparaissent au profit de boutiques de souvenirs, et les habitants sont chassés par la hausse des loyers. Ce phénomène est particulièrement visible à Venise ou Barcelone.
C. Les montagnes : un tourisme en mutation
Les espaces montagnards ont été massivement aménagés pour les sports d'hiver : remontées mécaniques, canons à neige, stations intégrées. Les Alpes (Chamonix, Courchevel) ou les Rocheuses (Aspen) en sont des exemples emblématiques.
Face au réchauffement climatique et au manque de neige croissant, ces territoires cherchent à diversifier leur offre vers le tourisme estival (randonnée, VTT, bien-être) pour assurer leur survie économique.
D. Les autres formes de tourisme
Le tourisme se diversifie pour répondre à de nouvelles attentes.
Les parcs d'attractions sont des destinations à part entière qui attirent des millions de visiteurs (DisneyWorld en Floride, Disneyland Paris, Europa-Park).
Le tourisme mémoriel consiste en la visite de lieux de mémoire liés aux guerres ou aux génocides (plages du Débarquement en Normandie, camp d'Auschwitz, mémoriaux du 11-Septembre).
Le tourisme médical désigne les voyages pour bénéficier de soins moins chers ou de meilleure qualité (chirurgie esthétique en Tunisie, soins dentaires en Hongrie).
Le tourisme spatial, encore marginal mais en développement, illustre la diversification extrême du secteur.
IV. Les conséquences du tourisme : entre richesse et tensions
A. Un moteur économique majeur
Le tourisme représente environ 10 % du PIB mondial et constitue le premier poste d'exportation pour de nombreux pays. Il crée des emplois directs (hôtellerie, restauration, transport, guides) et indirects (BTP, agriculture locale, artisanat). Il permet le développement d'infrastructures (aéroports, routes, réseaux) dont profitent également les populations locales. Pour certains pays en développement, c'est un levier essentiel de croissance économique.
B. Des impacts environnementaux préoccupants
Le tourisme de masse génère une forte empreinte écologique. La pollution liée aux transports est importante : l'aviation représente environ 2,5 % des émissions mondiales de CO₂ et les paquebots de croisière sont également très polluants. L'artificialisation des sols progresse avec la bétonisation des littoraux et la destruction d'écosystèmes pour construire hôtels et infrastructures. La pression sur les ressources s'intensifie : surconsommation d'eau (piscines, golfs, arrosage) dans des régions parfois arides, production massive de déchets.
C. Des tensions sociales croissantes
Le développement touristique peut créer des conflits d'usage entre touristes et habitants. La hausse du coût de la vie est un problème majeur : les locations saisonnières (Airbnb) font monter les loyers et chassent les habitants des centres-villes. Le partage des ressources (eau, espace public, transports) génère des tensions. Certains quartiers ou villages perdent leur authenticité en se transformant en « décors » pour touristes.
À Barcelone, Amsterdam ou Venise, des mouvements citoyens protestent contre le surtourisme avec des slogans comme « Tourists go home ».
D. Vers un tourisme plus responsable ?
Face à ces défis, de nouvelles pratiques émergent. L'écotourisme est axé sur la découverte de la nature dans le respect de l'environnement et des populations locales (ex. : Costa Rica, parcs africains). Le tourisme équitable garantit une meilleure rémunération des communautés d'accueil et limite les intermédiaires. La régulation du surtourisme passe par des quotas de visiteurs (Venise, parc Manuel Antonio), des taxes de séjour renforcées et la limitation des locations Airbnb.
Le savais-tu ?
Attention au greenwashing ! Certains acteurs du tourisme utilisent l'argument écologique comme simple outil marketing, sans réel engagement. Il est important de garder un regard critique sur les discours « verts ».
Conclusion
Le tourisme est un phénomène majeur de la mondialisation, qui concerne 1,5 milliard de voyageurs internationaux et représente 10 % du PIB mondial. Il transforme profondément les territoires, des littoraux balnéaires aux centres-villes historiques, en passant par les stations de montagne.
S'il constitue un moteur économique essentiel, notamment pour les pays en développement, le tourisme de masse engendre des impacts environnementaux (pollution, artificialisation, pression sur les ressources) et des tensions sociales (surtourisme, hausse des loyers, conflits d'usage).
L'enjeu actuel est de concilier développement touristique et durabilité, en favorisant des pratiques plus responsables (écotourisme, régulation, tourisme équitable) sans tomber dans le piège du greenwashing.